La thérapie par l’exercice en cas de douleur à l’aine : Existe-t-il des protocoles de traitement standardisés ? Une revue de cadrage
Introduction
La thérapie par l’exercice est largement utilisée et a montré de façon constante des bénéfices pour réduire la douleur et faciliter le retour au sport chez les athlètes souffrant de douleurs de l’aine. Toutefois, comme indiqué dans une précédente review Physiotutors, le type précis d’exercice pourrait être moins déterminant qu’on ne le pensait pour concevoir des programmes de rééducation en cas d’impingement fémoro-acétabulaire (FAI), une cause fréquente des douleurs de l’aine. Cet essai contrôlé randomisé a montré que des programmes ciblés de renforcement comme d’assouplissement entraînaient des améliorations similaires de la qualité de vie liée à la hanche après six mois. Même si le groupe de renforcement a observé une réduction de la douleur plus importante, ces résultats doivent encore être confirmés. Une limite que nous avions mise en avant dans notre review précédente était que le programme de renforcement n’était pas assez individualisé pour prendre en compte les déficiences spécifiques de chaque patient, ce qui pouvait réduire l’efficacité de l’intervention. En s’appuyant sur ces résultats, le présent article évalue la qualité des preuves actuelles concernant la thérapie par l’exercice pour les douleurs de l’aine et propose une vue d’ensemble détaillée des caractéristiques des exercices utilisées dans la littérature disponible.
Méthodes
Cet article est une revue de cadrage. Une stratégie de recherche exhaustive et systématique a été menée dans une base de données médicale.
Critères d’éligibilité
La revue incluait des études expérimentales, quasi-expérimentales et observationnelles portant sur la rééducation basée sur l’exercice chez des athlètes amateurs ou professionnels adultes (≥18 ans) souffrant depuis longtemps (≥6 semaines) de douleurs sportives à l’aine. Les participants éligibles présentaient une douleur à l’aine classée comme relevant des adducteurs, du pubis, de l’aine (inguinal) ou de l’ilio-psoas. Les études évaluant la thérapie par l’exercice pour les douleurs à l’aine seules ou associée à des traitements passifs (par ex. thérapie par ondes de choc, injections, acupuncture ou médicaments) étaient incluses. Les études portant sur d’autres causes de douleurs à l’aine, comme l’arthrose de hanche ou les fractures, ainsi que les articles de revue précédents, ont été exclus.
Collecte des données et synthèse des preuves
Les données ont été extraites à l’aide d’un outil standardisé, basé sur la Consensus on Exercise Reporting Template (CERT) et le Framework for Reporting Exercise Dosage (FRED).
Le CERT est une checklist en 19 items qui évalue le niveau de complétude de la description du protocole d’exercice, y compris la description de l’exercice, la posologie, la progression, l’individualisation, la supervision, l’observance et la fidélité de l’intervention. Le FRED est une checklist en 13 items axée sur les caractéristiques de la posologie des exercices, comme la cible anatomique, la durée de la contraction, les temps de repos et l’amplitude de mouvement. Chaque item était noté à 1 lorsqu’il était rapporté et à 0 lorsqu’il ne l’était pas, ce qui permet de calculer des scores moyens, des écarts-types et des pourcentages de reporting entre les études. Sur la base de recherches antérieures, les scores CERT ont été classés comme de qualité élevée (≥75% des items rapportés), de qualité modérée (60–74%) ou de qualité faible (<60%). Aucune classification de qualité n’a été appliquée aux scores FRED, car cet outil n’est pas validé et ne fournit pas de critères de scoring établis.
Les résultats ont été regroupés en cinq catégories :
- Caractéristiques initiales : type de sport, sexe, niveau sportif et localisation de la blessure.
- Compte-rendu des exercices : description de l’exercice, muscles ciblés, type de contraction, amplitude de mouvement, prescription de l’exercice (charge, répétitions, fréquence), consignes concernant la douleur, et critères de progression.
- Entraînement fonctionnel : progression de la course, critères de reprise de la course et exercices spécifiques au sport ou fonctionnels.
- Modalités de délivrance de l’exercice : cadre de prise en charge, équipement, supervision et observance.
- Résultats : critères de retour au sport (RTS) et calendrier, douleur, force et autres indicateurs de résultats cliniques.
Résultats
La recherche bibliographique a identifié 20 253 références, dont 22 études ont satisfait aux critères d’éligibilité et ont été incluses pour l’extraction et l’analyse des données. Quatre études issues du même groupe de recherche et utilisant le même protocole de rééducation ont été considérées comme une seule étude pour la qualité du reporting des interventions et l’analyse du contenu de l’exercice.

Concernant les caractéristiques des participants, les études incluses portaient sur 855 athlètes, majoritairement des hommes. Les sports les plus représentés étaient le football, la course, le hockey et le rugby, avec des athlètes allant du niveau récréatif à des niveaux élite/professionnel. Les diagnostics de douleurs à l’aine étaient principalement classés comme liés aux adducteurs et à la symphyse pubienne, puis comme liés à l’aine (inguinal), à l’ilio-psoas, et à d’autres présentations de hanche.


La qualité de la thérapie par l’exercice pour les douleurs à l’aine rapportée était globalement limitée. D’après la checklist CERT, le score moyen de rapport était de 7,7/19 items, tandis que le score moyen FRED était de 3,7/13 items. Aucune étude n’a atteint une haute qualité de rapport selon les critères CERT ; 3 études ont été classées comme de qualité modérée, tandis que la majorité (16 études) a été classée comme de qualité faible. Les items CERT les plus systématiquement rapportés étaient de savoir si les exercices étaient généraux ou individualisés, le cadre de l’exercice et la présence d’éléments non liés à l’exercice. Les items les moins rapportés incluaient la description des exercices, l’évaluation de l’observance/la fidélité, et les critères pour déterminer le niveau de départ.


Thérapie par l’exercice pour la douleur de l’aine inclut généralement du renforcement global, de la stabilité du tronc, du travail de l’équilibre et des exercices de renforcement du membre inférieur. Les exercices ciblés portaient souvent sur les adducteurs de hanche, les fléchisseurs de hanche, les muscles abdominaux, les abducteurs de hanche et la musculature du tronc. Différents types de contractions ont été utilisés, de nombreuses études intégrant des exercices isométriques, concentriques et excentriques. Toutefois, des informations détaillées concernant la dose d’exercice, les critères de progression et les stratégies de suivi de la douleur n’étaient pas homogènes.
L’entraînement fonctionnel a été inclus dans 16 études, la plupart des programmes intégrant des exercices spécifiques au sport, comme des ateliers de changements de direction, des exercices avec ballon, du travail de l’agilité, une progression de la course et des exercices techniques. Les activités de conditionnement général (par ex. vélo, natation, aviron, marche) ainsi que les exercices plyométriques étaient aussi fréquemment rapportés.
Questions et réflexions
Les résultats de cette revue de cadrage restent largement indéterminés, car les données disponibles sur la thérapie par l’exercice pour la douleur de l’aine sont, en général, d’une qualité de reporting insuffisante. La plupart des études incluses ont été classées comme de faible qualité selon la checklist CERT, ce qui limite la capacité à déterminer quels paramètres d’exercice sont les plus efficaces. Par conséquent, il n’est actuellement pas possible de formuler des recommandations fondées sur des données probantes concernant la prescription optimale d’exercices pour la douleur de l’aine. Cela dit, cette revue apporte un aperçu utile de la littérature existante et met en évidence un manque important dans les données. Les études futures devraient adopter des normes de reporting plus rigoureuses, comme les cadres CERT et FRED, afin d’améliorer la reproductibilité et de permettre des comparaisons pertinentes entre les protocoles de rééducation.
En l’absence de preuves étayant des paramètres d’exercice précis, vous devez adopter une approche systématique et individualisée pour prescrire l’exercice. Chaque exercice doit reposer sur une justification claire en répondant à une question simple : Pourquoi est-ce que je prescris cet exercice ? Les exercices choisis doivent correspondre aux objectifs à court et à long terme du patient et viser un objectif clinique spécifique ou un mécanisme physiologique précis. Les programmes d’exercice doivent définir clairement la posologie, la progression et les réponses attendues, tout en guidant les patients sur la bonne technique, les compensations fréquentes et le suivi des symptômes. Vous devez aussi garder à l’esprit que les améliorations peuvent être dues non seulement à l’exercice lui-même, mais aussi à des effets de traitement non spécifiques, comme les attentes du patient, l’alliance thérapeutique et son engagement. Par conséquent, les préférences du patient doivent être prises en compte en plus des meilleures données probantes disponibles lors de la conception des programmes de rééducation. En fin de compte, la prescription d’exercices doit être individualisée en fonction de la présentation du patient, de ses déficiences et de ses limitations fonctionnelles.
Enfin, ces résultats soulèvent des questions plus larges sur la capacité des méthodologies de recherche actuelles à déterminer l’efficacité réelle de la thérapie par l’exercice pour les douleurs de l’aine. En moyennant les effets des traitements sur des populations hétérogènes, des essais contrôlés randomisés classiques peuvent masquer des différences individuelles pertinentes dans la réponse au traitement. Par conséquent, des interventions qui semblent produire une efficacité comparable au niveau du groupe peuvent avoir des effets nettement différents chez les patients. Ces considérations méthodologiques — et leurs implications pour l’interprétation de la recherche sur l’exercice — sont abordées plus en détail dans la section Talk Nerdy to Me.
Parle-moi comme un intello
Une des principales conclusions de cette revue de cadrage, c’est l’hétérogénéité marquée entre les études incluses. Les participants différaient selon leur niveau sportif, la durée des symptômes, la présentation clinique et le diagnostic, tandis que les interventions par l’exercice variaient fortement dans leur contenu. Cette diversité peut sembler être une limite importante. Cela dit, il faut garder à l’esprit que c’est aussi précisément l’objectif d’une revue de cadrage : cartographier l’étendue de la littérature existante, plutôt que de déterminer l’efficacité d’une intervention donnée. La revue reflète fidèlement l’état actuel de la thérapie par l’exercice pour la douleur à l’aine, un domaine caractérisé par une variabilité importante et des comptes rendus incomplets.
Plus important encore, ces résultats soulèvent une question méthodologique plus large : le modèle de recherche conventionnel est-il bien adapté pour étudier la thérapie par l’exercice ? La plupart des essais randomisés contrôlés sont conçus pour estimer l’effet moyen d’un traitement. Cette approche est assez bien adaptée aux études pharmacologiques, mais elle peut être moins informative pour la rééducation musculosquelettique, où les patients présentent souvent des profils cliniques très hétérogènes. Deux athlètes présentant le même diagnostic de douleur à l’aine peuvent, en pratique, se différencier nettement par leurs stratégies de mouvement, leur capacité tissulaire, leur charge d’entraînement, leurs facteurs psychologiques, leur récupération et leurs objectifs personnels. Ils peuvent répondre au même programme d’exercices via des mécanismes entièrement différents, notamment sous l’influence de facteurs contextuels, ou ne pas répondre du tout. Par conséquent, à une échelle plus large, des résultats similaires au niveau des groupes peuvent masquer des différences importantes dans la réponse individuelle au traitement.
Les designs complémentaires peuvent apporter des informations que les essais traditionnels ne permettent pas. Par exemple, les méta-analyses à partir des données individuelles des participants permettent d’étudier les modificateurs de l’effet du traitement sur plusieurs études, les essais adaptatifs peuvent mieux refléter la prise de décision clinique en ajustant les traitements en fonction de la réponse du patient, et de grands registres issus de la pratique peuvent aider à repérer des schémas de récupération dans des populations cliniques réelles. De la même manière, des rapports de cas et des séries de cas soigneusement menés, bien qu’ils se situent plus bas dans la hiérarchie des preuves, restent utiles pour générer des hypothèses, décrire un raisonnement clinique individualisé et identifier des profils de répondeurs potentiels, qui pourront ensuite être testés dans des études plus vastes.
L’avenir de la recherche en musculo-squelettique réside peut-être moins dans l’identification de l’exercice le plus efficace et davantage dans la compréhension pour qui, dans quelles situations et grâce à quels mécanismes un exercice donné est le plus efficace. Un tel changement ferait évoluer la rééducation : au lieu de chercher des protocoles universellement supérieurs, elle adopterait une approche de rééducation de précision, qui reflète mieux la complexité de la pratique clinique. En fin de compte, améliorer la qualité et la transparence de la description des interventions grâce à des cadres comme le CERT et le FRED constitue une étape initiale indispensable. Mais pour faire avancer le domaine, il faudra aussi des méthodologies de recherche capables d’intégrer, plutôt que d’éliminer, l’hétérogénéité des patients.
Messages à emporter
- La thérapie par l’exercice reste un pilier de la rééducation en cas de douleurs de l’aine liées au sport, mais les données actuelles ne soutiennent pas qu’un type d’exercice ou qu’une posologie précis soit universellement supérieur.
- La plupart des études disponibles présentent une qualité de description de l’exercice assez faible, ce qui limite notre capacité à déterminer quels paramètres de l’exercice (charge, fréquence, progression ou type de contraction) sont les plus efficaces.
- Au lieu de se concentrer sur des exercices précis, les cliniciens doivent d’abord établir une logique claire pour la prescription de l’exercice. Chaque exercice doit viser un objectif clinique pertinent, et s’aligner sur les objectifs de l’athlète, sa présentation, ainsi que ses limites fonctionnelles
- La sélection des exercices doit être alignée sur les objectifs du patient, ses déficits, les exigences sportives et l’étape de la rééducation, avec des consignes claires concernant la dose, la progression, la technique et le suivi des symptômes.
- Les recherches à venir seront probablement les plus utiles si elles améliorent la façon de rendre compte des interventions d’exercice (par exemple avec CERT et FRED) et si elles se concentrent sur la compréhension de qui bénéficie de quels exercices, dans quelles circonstances, et grâce à quels mécanismes.
Référence
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