Recherche Genou 26 mai 2026
Werner et al. (2026)

Au-delà du cabinet : Les batteries de tests de retour au sport (RTS) pour les LCA basées sur la clinique évaluent-elles la préparation complète ? Comparaison avec la référence (gold standard

Tests d’évaluation du retour au sport après une reconstruction du LCA (1)

Introduction

Même si elle est largement soutenue et recommandée, une enquête récente menée auprès de physiothérapeutes a conclu que les tests de reprise du sport ne sont pas réalisés régulièrement dans les contextes cliniques. L’une des raisons, donc, est le manque de matériel disponible. C’est un constat problématique, car la réussite d’une batterie de tests de reprise du sport comprenant des mesures de force, des critères fondés sur la performance et un questionnaire sur la fonction du genou est associée à un risque réduit de nouvelle rupture du ligament croisé antérieur et à une amélioration des taux de retour au sport. Les auteurs de l’étude actuelle ont souligné que l’un des freins à cette différence tient à l’utilisation déclarée d’équipements spécialisés, comme des dynamomètres isocinétiques coûteux, qui ne sont pas disponibles dans la pratique de la physiothérapie. Pour surmonter ce frein, plusieurs tentatives ont été faites pour élaborer des évaluations de reprise du sport validées pour la physiothérapie, applicables en pratique et effectivement mises en œuvre dans la vraie vie. Mais pour pouvoir les utiliser, il faut être certain que les batteries de tests de reprise du sport réalisées en clinique sont valides lorsqu’on les compare aux examens de référence. Ainsi, cette étude a évalué comment une batterie de tests de reprise du sport effectuée en clinique se comportait par rapport à la référence, et si des déficits persistants de force ou biomécaniques restaient chez les personnes qui réussissaient la batterie. 

 

Méthodes

Il s’agissait d’une étude transversale portant sur des athlètes âgés de 10 à 25 ans ayant eu une reconstruction unilatérale du LCA (ACLR) dans les 5 à 15 mois précédents. Les participants avaient pour objectif de reprendre des sports avec changement de direction et pivot (sports de niveau 1 ou 2, comme le football, le basketball, le volley-ball, la gymnastique, le hockey, les arts martiaux, etc.).

Batteries de tests de retour au sport après une reconstruction du LCA
De : Werner et al., Orthop J Sports Med (2026)

 

Les patients ont été exclus s’ils avaient déjà subi une chirurgie du genou, une reconstruction multi-ligaments et/ou d’autres procédures chirurgicales importantes.

Les patients ont été invités à passer la batterie de tests de retour au sport en consultationlorsque soit leur kinésithérapeute, soit le chirurgien a estimé qu’ils étaient physiquement capables d’effectuer ces tests. La batterie de tests a été conçue intentionnellement pour être réaliste et facilement applicable dans les cabinets de kinésithérapie. Les participants devaient réussir TOUS les éléments suivants :

  • ≥90% d’indice de symétrie des membres (LSI) pour :
    • Renforcement isométrique des quadriceps : Le test isométrique des quadriceps réalisé en clinique a été conçu comme une alternative simple et peu coûteuse à la dynamométrie de laboratoire. Les participants étaient assis dans une machine d’extension du genou, la hanche fléchie à environ 80° et le genou fixé à 90° de flexion. Le thorax et la cuisse étaient immobilisés à l’aide de sangles, tandis qu’un dynamomètre (grue) fixé au bras de la machine mesurait la force pendant un effort maximal en extension isométrique du genou. Les participants ont réalisé trois efforts d’échauffement, suivis de trois contractions maximales de 5 secondes, la valeur de force la plus élevée étant retenue.
    • Force d’extension du genou à 1RM (isotonique) : Le test isotonique réalisé en clinique utilisait le même type de configuration sur la machine d’extension du genou, mais évaluait la force dynamique via un maximum de répétition d’une répétition (1RM) pour l’extension du genou. Les participants étendaient le genou de 90° de flexion à l’extension complète, tandis que la résistance augmentait progressivement jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus réaliser une répétition réussie sur toute l’amplitude de mouvement. La répétition réussie la plus lourde était enregistrée. 
    • Saut unique
    • Triple saut
    • Saut croisé
    • Saut chronométré sur 6 mètres
  • ≥90% de score sur :
    • IKDC
    • Échelle d’évaluation globale (Global Rating Scale, GRS)

S’ils échouaient, les athlètes recevaient une rééducation supplémentaire, puis étaient recontrôlés 4 à 6 semaines plus tard. S’ils réussissaient, ils passaient ensuite aux tests au laboratoire dans un délai de deux semaines.

Analyses de laboratoire

Test isométrique des quadriceps

Au laboratoire, les participants ont été testés à l’aide d’un dynamomètre isocinétique Biodex. Ils étaient assis bien droits, avec les hanches fléchies à 90°, tandis que des sangles stabilisaient le tronc, le bassin et la cuisse. Pour les tests isométriques, le genou était fixé en flexion à 90° et les participants réalisaient des contractions maximales, tout en étant invités à donner un coup de pied « aussi fort et aussi vite que possible », ce qui permettait aux chercheurs d’évaluer à la fois le couple maximal et la vitesse de développement du couple (RTD).

Test quadriceps isotonique

Le test isotonique au laboratoire a utilisé le même dispositif, mais le dynamomètre contrôlait le mouvement du genou à vitesse constante de 60°/seconde. Les participants ont effectué cinq répétitions maximales d’extension et de flexion du genou, permettant aux chercheurs de mesurer le couple des quadriceps et des ischio-jambiers dans des conditions standardisées. 

Test de chute-atterrissage (drop jump

Les participants ont réalisé des tâches de saut en chute verticale, bilatérales et unilatérales, pendant que leurs schémas de mouvement étaient analysés à l’aide d’un système de capture de mouvement 3D avec des plateformes de force. Seize caméras de capture de mouvement et deux plateformes de force ont été utilisées pour suivre les mouvements des marqueurs réfléchissants placés sur les participants. Ils ont effectué des sauts en chute verticale bilatéraux (BDVJ) et des sauts en chute verticale unilatéraux (UDVJ), et à partir de ces données, les chercheurs ont analysé :

  • Moments de flexion du genou (KFM)
  • Forces de réaction au sol (GRF)
  • Force en extension du genou (KEP)
  • Hauteur de saut
  • indice de force réactive (RSI)

 

Résultats

Au total, 69 athlètes ont été inclus, mais seuls 53 ont réussi la batterie RTS basée en clinique et ont pu poursuivre vers les tests en laboratoire. En moyenne, les participants avaient 17 ans, avaient bénéficié d’une plastie du LCA (ACLR) depuis 10 mois et avaient terminé plus de 8 mois de physiothérapie.

Batteries de tests de retour au sport après une reconstruction du LCA
De : Werner et al., Orthop J Sports Med (2026)

 

Les résultats de tests réalisés en clinique de kinésithérapie ont montré que le membre blessé avait atteint des niveaux de force et des performances au test de saut comparables à ceux du membre non blessé, comme l’indique le tableau ci-dessous.

Batteries de tests de retour au sport après une reconstruction du LCA
De : Werner et al., Orthop J Sports Med (2026)

 

Les tests de laboratoire ont révélé qu’en dépit du respect des critères cliniques RTS, des déficits importants persistaient. La force isométrique des quadriceps du membre lésé était, en moyenne, inférieure de 7,6 %, et la force des quadriceps en mode isotoniques était, en moyenne, inférieure de 4,9 %, par rapport au membre non atteint.

Par ailleurs, près de 30 % des participants avaient encore <80 % de LSI au test isométrique, et 11 % ont atteint une LSI entre 85 et 90 %, ce qui reste inférieur au seuil proposé de >90 %. Près de la moitié des patients n’ont pas réussi à atteindre le couple isométrique d’extension du genou de 3 Nm/kg proposé, normalisé à la masse corporelle. Même si, en clinique, les résultats des tests semblaient acceptables, beaucoup de personnes présentaient encore des déficits significatifs lorsque l’on examinait les résultats des tests de laboratoire de référence.

L’analyse du membre reconstruit a révélé d’importantes divergences en termes de capacité explosive :

  • Un déficit de 6,3 % au début de la phase de développement de la force de torsion (0-100 ms)
  • Un déficit de 20,9 % du taux tardif de développement de la force (100-200 ms)

L’ampleur du déficit tardif de RTD était particulièrement marquante, mettant en évidence un manque physiologique persistant. Ces résultats soulignent que, même lorsque la production maximale de force atteint les critères de symétrie clinique, la capacité à produire cette force rapidement — nécessaire pour être prêt sur le plan athlétique — reste nettement altérée.

Batteries de tests de retour au sport après une reconstruction du LCA
De : Werner et al., Orthop J Sports Med (2026)

 

Les résultats issus de l’analyse du mouvement ont montré que le membre lésé présentait systématiquement des schémas de sous-charge par rapport au côté non atteint. Le membre avec reconstruction du LCA présentait :

  • Diminution de la force de réaction verticale du sol
  • Moments de flexion du genou moins importants
  • Puissance d’extension du genou
  • Plus faible hauteur de saut
  • Indice de force réactive plus faible

 

Questions et réflexions

La batterie de tests a été réalisée entre 5 et 15 mois après la reconstruction du LCA (ACLR), ce qui peut refléter une grande variabilité de l’état de préparation physique. Par ailleurs, aucune information de fond n’a été fournie pour comprendre les composantes du programme de rééducation antérieur des patients. Lorsque le taux de développement de la force (RTD) et la mécanique d’atterrissage ne sont pas suffisamment rétablis, on peut se demander s’il s’agissait bien de composants du programme de rééducation. 

Le RTD reflète la rapidité avec laquelle la force peut être produite, pas seulement la quantité de force produite.

Les auteurs ont divisé le DRT en :

  • RTD précoce : 0-100 ms
  • RTD tardif : 100-200 ms

Le RTD précoce (0-100 ms) reflète la capacité du système nerveux à activer le muscle rapidement. C’est donc particulièrement important pour des réactions rapides, comme l’atterrissage, les changements de direction ou le freinage. Le RTD tardif (100-200 ms) reflète la vitesse à laquelle le muscle peut continuer à développer une force après l’activation. Il dépend davantage de la capacité réelle de force musculaire. Dans cette étude, les athlètes présentaient de bien plus grands déficits en RTD tardif qu’en force maximale. Cela suggère qu’ils peuvent produire de la force, mais pas assez rapidement pour répondre aux exigences spécifiques du sport.

Cela compte parce que les tâches de coupure, d’appui et de décélération se déroulent extrêmement vite dans le sport. Un athlète peut produire une force élevée, mais échouer à la produire assez rapidement pendant les tâches propres au sport.

Comme les mécanismes d’atterrissage, de pivots et de changements de direction sont particulièrement importants dans ces sports de niveaux 1 et 2, on peut avancer que le RTD est peut-être un critère plus déterminant que la force maximale. En revanche, ce raisonnement ne serait pas applicable dans une clinique de physiothérapie “classique”. Ces résultats amènent à se demander si certains athlètes à plus haut risque pourraient tirer profit d’une évaluation supplémentaire en laboratoire avant le RTS. Comme ça, des différences (subtiles) peuvent encore être repérées et travaillées en clinique avant de “valider” le retour, pour une personne qui n’est peut-être pas vraiment prête, sans que nous le sachions. 

Les futures études devraient explorer si des interventions plyométriques ou un entraînement en résistance basé sur la vitesse permettraient de traiter plus efficacement ces déficits persistants de DTR ; ce type de recherche reste une étape nécessaire et cliniquement pertinente pour affiner les protocoles de rééducation.

 

Parle-moi comme un intello

Les auteurs ont utilisé des tests t appariés pour comparer les membres atteints et non atteints, puis ont appliqué une correction du taux de fausse découverte de Benjamini-Hochberg afin de réduire le risque de résultats faussement positifs lié aux comparaisons multiples.

Il s’agit d’une étude transversale, et cette méthodologie présente une limite intrinsèque : elle ne mesure qu’un instant T, sans suivi à long terme permettant de suivre l’évolution. Par ailleurs, il faut aussi envisager la possibilité qu’un LSI en apparence très satisfaisant soit simplement le résultat d’une diminution relative de la force du membre non lésé, plutôt qu’une véritable récupération du côté reconstruit.

Cet article met en évidence une divergence critique que les cliniciens doivent prendre en compte :

  • Capacité de force maximale vs
  • Explosivité neuromusculaire et qualité du mouvement

Si la batterie mesurée en clinique capte efficacement les pics de production et la symétrie lors de tâches relativement contrôlées ou plus lentes, elle peut ne pas refléter le côté chaotique du sport. La pratique sportive exige une performance à haute vitesse, sur de très courts délais de réaction, avec des transitions rapides entre les phases excentriques et concentriques. Ainsi, limportance de la vitesse de développement du couple (rate of torque development) ne saurait être surestimée, car les mécanismes de lésion du LCA surviennent généralement en quelques millisecondes après le premier contact. Ne pas être capable de produire de la force rapidement oblige souvent le sportif à adopter des stratégies de compensation. À noter : les asymétries de mouvement observées étaient proportionnellement plus importantes que les déficits de force de pointe, ce qui suggère qu’un simple retour à la force maximale ne suffit pas à normaliser le comportement biomécanique.

 

Messages à emporter

Cette étude suggère que les batteries de tests de retour au sport réalisées en cabinet de physiothérapie sont utiles et cliniquement pertinentes, mais qu’elles ne racontent peut-être pas toute l’histoire. Cette étude a observé que des athlètes qui « réussissent » des critères cliniques courants peuvent néanmoins présenter une fonction des quadriceps explosifs réduite, des mécaniques d’atterrissage modifiées et un sous-chargement persistant du membre opéré. La principale implication clinique, c’est que la symétrie sur des tests simples de force et de saut ne signifie pas forcément le rétablissement d’une fonction neuromusculaire de haut niveau. Ainsi, les batteries de tests en cabinet ne reflètent peut-être pas toute la vérité chez les athlètes après une ACLR. 

 

Référence

Werner DM, Conlin A, Muray P, Sanny W, Thomsen C, Wellsandt M, Weldon N, Tao M, Wellsandt E. Force du quadriceps et schémas de mouvement chez les patients après reconstruction du LCA qui réussissent une batterie de tests de retour au sport basée en clinique. Orthop J Sports Med. 10 février 2026 ; 14(2) : 23259671251410098. doi : 10.1177/23259671251410098. Erratum dans : Orthop J Sports Med. 26 mars 2026 ; 14(3) : 23259671261434981. doi : 10.1177/23259671261434981. PMID : 41685041 ; PMCID : PMC12891422.

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